VANILNOIR

La sélection du blé : un pari sur l’avenir

La Suisse est réputée pour la qualité, mais aussi la diversité de son pain, chaque région ayant sa spécialité. À la base de ce succès, le travail du programme suisse de sélection du blé, vieux de plus d’un siècle. Aujourd’hui encore, les sélectionneurs créent les variétés de blé qui permettront de fabriquer le pain de demain.

Agroscope, le centre de compétences de la Confédération pour la recherche agro-alimentaire, s’investit pour l’amélioration des plantes et la sélection variétale. Cette discipline très ancienne consiste à modifier génétiquement par hybridation et sélection des plantes afin qu’elles répondent au mieux aux besoins de l’homme. Dario Fossati, spécialiste de la sélection du blé à Changins, dans le canton de Vaud, précise : « La recherche suisse s’est toujours orientée vers la meilleure qualité boulangère possible, la résistance aux maladies et le rendement économique ». Comment la Suisse est-elle ainsi devenue un pays de référence pour les variétés de blé de qualité boulangère supérieure ?

Petit retour en arrière

Le blé a été domestiqué et cultivé par l’homme depuis des millénaires, faisant de cette céréale une composante essentielle de son alimentation. Les cultivateurs ont également cherché à améliorer leur production notamment en sélectionnant, lors de la récolte, les meilleurs épis pour utiliser leurs graines comme semences. À la fin du XIXe siècle, il y avait énormément de variétés locales de blé dans le pays, une large partie des cultivateurs réutilisant leurs propres semences d’année en année. Cette technique, dite de sélection massale, garantissait une qualité de rendement relativement stable d’une récolte à l’autre, mais elle avait également un potentiel d’amélioration limité.

VANILNOIR © Carole Parodi, Agroscope

En Suisse, c’est pendant la Première Guerre mondiale que la Confédération a fait de l’approvisionnement en semences une affaire vitale pour le pays. Ainsi, la sélection céréalière scientifique a été systématisée et les sélectionneurs devaient utiliser tous les moyens à leur disposition pour garantir une certaine sécurité alimentaire à une population suisse déjà en majorité non paysanne.

La Confédération a notamment établi un monopole d’achat des semences de blé. Les agriculteurs étaient ainsi encouragés à acheter des semences garanties par l’État et à cultiver des blés de qualité destinés uniquement à la fabrication du pain pour une consommation indigène. En plus de la qualité boulangère, il fallait aussi des variétés de blé avec un fort rendement et présentant une bonne résistance aux maladies. Un vrai défi pour les sélectionneurs.

Les chercheurs d'Agroscope évaluent la résistance des variétés aux maladies © Carole Parodi Agroscope
Les chercheurs d'Agroscope évaluent la résistance des variétés aux maladies © Carole Parodi Agroscope

Des objectifs multiples 

« La qualité boulangère d’une variété de blé est liée à la quantité et à la qualité des protéines, notamment du gluten, qui est essentiel à l’élasticité de la pâte. Cependant, plus la teneur en protéine est haute, plus le rendement est bas », explique Dario Fossati. Donc si les exigences sur le développement d’une nouvelle variété sont très nombreuses, l’objectif devient impossible à atteindre. Alors comment les spécialistes de la sélection du blé développent-ils des variétés ? 

L’objectif principal du sélectionneur est de créer des variétés supérieures à celles qui existent déjà. Lorsqu’une maladie, un ravageur ou une autre faiblesse fait son apparition dans la culture d’une variété élite (une variété qui présente de nombreuses qualités), le sélectionneur va chercher à la rendre résistante à ces attaques : « En rendant la plante résistante, on évite l’utilisation de produits chimiques sur les cultures. Cela permet de réduire les coûts pour l’agriculteur, de stabiliser le rendement et surtout de diminuer la charge pour l’environnement, ce qui constitue un objectif de plus en plus important ». 

Les anthères de la variété de blé initiale sont délicatement enlevés pour permettre la pollinisation avec une seconde variété © Carole Parodi Agroscope
Les anthères de la variété de blé initiale sont délicatement enlevés pour permettre la pollinisation avec une seconde variété © Carole Parodi Agroscope

Un des moyens pour le chercheur de parvenir à cet objectif est d’améliorer une variété par rétrocroisement, afin de la rendre résistante à une maladie par exemple. Pour cela, la variété élite va être fécondée avec le pollen d’une autre variété qui possède le gène de résistance souhaité. Ce processus va être répété sur les descendants jusqu’à obtenir un blé qui a toutes les caractéristiques de la variété élite avec, en plus, le gène de résistance à la maladie. 

Chaque variété de blé possède donc de nombreuses caractéristiques qui lui sont propres. La combinaison de deux variétés par croisement permet de créer une nouvelle diversité, de laquelle le sélectionneur extrait, génération après génération, les spécimens qui répondent au mieux à son cahier des charges. Il s’agit alors de sélection généalogique.

Pour la sélection, la pollinisation des plantes se fait à la main © Carole Parodi Agroscope
Pour la sélection, la pollinisation des plantes se fait à la main © Carole Parodi Agroscope

Le processus de sélection prend des années car il faut de nombreuses générations pour stabiliser une nouvelle composition génétique.

Les progrès grâce à la génétique

Qu’en est-il des innovations scientifiques dans le domaine de la génétique ? « Les avancées de la génomique (la science du génome, des molécules d’ADN.) profitent grandement au processus de sélection », répond Dario Fossati. Ces progrès stimulent l’utilisation des ressources génétiques d’anciennes variétés ou d’espèces apparentées au blé, car l’intégration de leurs gènes intéressants dans les variétés élites est plus efficace qu’autrefois. « Nous utilisons aussi le marquage moléculaire, qui permet de détecter un gène intéressant à n’importe quel stade de développement d’une plante, ce qui permet de faciliter et de raccourcir le processus de sélection. Cependant, la sélection assistée par marqueurs moléculaires reste coûteuse et ne remplace pas l’observation en plein champ », ajoute le spécialiste. L’utilisation de capteurs électroniques, portés par exemple par des drones, est en développement mais n’est pas encore utilisée de manière routinière pour la sélection.

Du pain issu de la variété VANILNOIR sélectionnée par Agroscope pour sa couleur sombre et son goût © Carole Parodi Agroscope
Du pain issu de la variété VANILNOIR sélectionnée par Agroscope pour sa couleur sombre et son goût © Carole Parodi Agroscope

Des exigences en constante évolution

Le programme de sélection du blé a pour objectif de proposer des variétés qui répondent aux besoins de tous les acteurs du monde céréalier, du multiplicateur au consommateur. Ces variétés doivent être adaptées aux conditions climatiques et aux évolutions de l’agriculture : « Sachant le temps que prend le développement d’une nouvelle variété, nous devons toujours essayer d’anticiper ces exigences sur 10 à 15 ans ». Si la réduction maximum du recours aux produits chimiques dans la culture est un enjeu majeur pour les chercheurs, ceux-ci observent également une tendance vers des farines plus riches en éléments bénéfiques pour la santé. Il est donc primordial que le sélectionneur ait à sa disposition une large gamme de variétés aux propriétés génétiques très variées, afin de répondre aux exigences en constante évolution du marché.

Vidéo sur la sélection du blé: Youtube

Plus d'information sur l'amélioration des plantes de grandes cultures: Agroscope

 

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