Le hackbrett de l'artisan Johannes Fuchs © Johannes Fuchs

5 instruments de musique typiques du folklore suisse

Si le yodel, technique de chant emblématique faisant résonner les montagnes suisses, est bien connu, tout comme l'accordéon ou le cor de Alpes, la musique folklorique suisse possède d’autres instruments originaux. Inventaire non-exhaustif!

Une divesité d'instruments à cordes et à vent apportent la richesse de leurs sonorités à la musique traditionnelle du pays. Certains sont ancrés dans un canton ou une région, et restent peu connus en dehors des frontières régionales. Après avoir été cantonnés au folklore, d'autres tels que le hackbrett ou le schwyzerörgeli ont fait leur entrée au conservatoire et sont demandés comme instrument de concert par certains compositeurs. Penchons-nous sur cinq instruments suisses étonnants!

Häxeschyt © Tabea Hüberli

Le büchel

Tout le monde connaît le cor des Alpes et ses sonorités profondes qui portent à des kilomètres à la ronde. Son cousin le büchel, particulièrement présent en Suisse centrale, reste moins courant. Il s'agit d'un type de cor des Alpes en forme de clairon. Également fabriqué en bois de pin, il est plus court et évasé, et se tient comme une trompette. Contrairement au cor des Alpes, il n'est pas droit : son tuyau est en fait enroulé deux fois. Il produit un son plus clair et plus aigu que le Alphorn et permet d'enchaîner des sons plus rapidement. Il reste un instrument difficile à maîtriser. La hauteur des sons est exclusivement produite par le joueur, quand il porte ses lèvres sur l’embouchure de l'instrument.

Un büchel historique de 1820 © Musée d'histoire de Bâle
Un büchel historique de 1820 © Musée d'histoire de Bâle

L'hexenscheit et autres cithares helvétiques

L'hexenscheit, ou « Häxeschit » en suisse-allemand, qui signifie littéralement « planche de sorcière », est un instrument bernois de la famille des cithares. Il s'agit d'une version ancienne et plutôt simple de cet instrument au son métallique, dont les cordes sont pincées avec les doigts. En Suisse, il existe une grande variété de cithares, comme celles de Glaris ou de Schwytz. Certaines sont finement ouvragées et décorées. Cet instrument est présent dans le pays depuis près de 200 ans. En forme de trapèze, il se joue habituellement posé sur les genoux ou sur une table. La cithare du Toggenburg et celle de Kriens se tiennent, elles, comme des guitares. Un musée entièrement dédié aux cithares helvétiques présente une centaine de pièces à Trachselwald dans l'Emmenthal (canton de Berne).

Häxeschyt © Tabea Hüberli
Häxeschyt © Tabea Hüberli

Le hackbrett

Cet instrument caractérisé par son timbre unique est proche du cymbalum cher à la musique tsigane, mais plus modeste en taille. Il est typique d'Appenzell, mais se retrouve aussi en Valais. À la différence de l'hexenscheit, ses cordes ne sont pas pincées, mais frappées par deux maillets. Il peut aussi être joué à quatre mains, par deux musiciens se faisant face. Comme la hauteur des sons dépend de la longueur des cordes, la caisse de résonnance du hackbrett a une forme de trapèze. Des chevalets divisent les cordes en segments et permettent de produire différentes notes. La version d'Appenzell compte traditionnellement 25 chœurs de 5 cordes, accordées à la même hauteur. Plus petit, le hackbrett valaisan en compte moins. Les cymbalums se retrouvent dans de nombreux pays, en particulier en Orient et à l'est de l'Europe. Alors comment sont-ils arrivés en Suisse ? On suppose qu'ils ont été amenés par des musiciens autrichiens, d'après un article de la Revue musicale suisse. La première référence au hackbrett dans le pays date de 1447, dans un rapport de la police zurichoise pour tapage nocturne! L'un des plus vieux hackbretts helvétiques conservés, datant de 1820, se trouve au Musée de la Musique à Bâle.

Un des plus vieux hackbretts de Suisse © Musée d'histoire de Bâle
Un des plus vieux hackbretts de Suisse © Musée d'histoire de Bâle

Percussions insolites : les cuillères en bois et le talerschwingen

Avec inventivité, la musique folklorique suisse a aussi détourné des objets domestiques. C'est le cas par exemple des cuillères en bois ou en métal qui servent de percussions et peuvent accompagner un air d'accordéon. La technique : le joueur tient deux cuillères par leurs manches et les frappe rythmiquement sur sa cuisse ou son avant-bras. Le jeu des cuillères est attesté depuis la fin du 18e siècle en Suisse. Jusque dans les années septante, ce sont des cuillères à soupe en métal qui sont utilisées. Mais des chercheurs comme Brigitte Bachmann-Geiser, ethnologue spécialisée dans la musique folklorique suisse, observent depuis un engouement pour des cuillères en bois sculptées. L'instrument improvisé est devenu une percussion à la mode, qu'on se procure dans un magasin de musique ou qu'on commande sur mesure à un artisan. Autre instrument mis au point avec les moyens du bord, le talerschwingen consiste à faire tourner une pièce de cinq francs dans un bol. Il a fait son apparition après 1900, en Appenzell et dans le Toggenburg. La pièce de monnaie roule dans un bol de faïence que le joueur fait tourner lentement. Trois diamètres de bols sont utilisés pour varier la hauteur du son, qui rappelle celui des cloches de vaches!

Joueurs de Talerschwingen © Roothuus Gonten
Joueurs de Talerschwingen © Roothuus Gonten

Le schwyzerörgeli, l'accordéon schwytzois

Le son de ce petit accordéon est typique des airs du folklore suisse et de la Ländlermusik ! Il est appelé « Schwyzerörgeli » car c'est à Schwytz qu'il a vu le jour en 1886, adapté d'un instrument venu de Vienne au début du 19e siècle. C'est Alois Eichhorn qui a développé cet accordéon diatonique, lequel permet de jouer les basses et la mélodie à l'aide de 18 boutons pour la main gauche et de 31 pour la main droite. Pour ceux qui souhaitent en savoir plus, le documentaire « Fremdfötzelige Musikanten » (Musiciens déviants) réalisé par Roger Bürgler en 2015, dévoile l’histoire de cet instrument et présente des joueurs d'accordéons schwytzois inventifs, qui font fi des conventions!

Accordéon schwytzois © Eichhorn
Accordéon schwytzois © Eichhorn

 

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