Séance de lecture en langue nationale, à l’école de Bourbo, dans la province du Moyen-Chari (Tchad) © Enfants du Monde (Mathieu Savoy)

Le plurilinguisme de l’école suisse inspire la coopération internationale

Apprendre dans la langue de sa région linguistique, à savoir le français, l’allemand, l’italien ou le romanche, est le quotidien des élèves en Suisse. Mais de nombreux enfants à travers le monde sont scolarisés dans une langue qu’ils ne comprennent pas. Le plurilinguisme et l’enseignement des langues à l’école jouent traditionnellement un rôle important en Suisse. C’est un point fort de ce système scolaire dont s’inspire la coopération internationale de la Suisse dans ses programmes de soutien à l’éducation.

Les Objectifs de développement durable reconnaissent l’importance de la langue d’instruction pour une éducation de qualité et équitable. Le plurilinguisme à l’école obligatoire et la promotion de la langue maternelle sont reconnus comme bonnes pratiques par l’UNESCO. Les enfants apprennent mieux et échouent moins lorsque la première langue d’enseignement est leur langue maternelle. Or, à l’échelle mondiale, près de 40% des élèves n’ont pas accès à l’instruction dans une langue qu’ils parlent ou comprennent, ce qui freine l’apprentissage. De nombreux enfants interrompent leur scolarité prématurément, ou ne savent ni lire ni écrire à la fin de leur scolarité primaire. C’est le cas du Tchad et du Niger, où l’enseignement se déroule presque exclusivement dans les langues officielles sans tenir compte de la diversité linguistique de ces pays. La Direction du développement et de la coopération (DDC) s’appuie sur les points forts du système scolaire suisse, notamment le plurilinguisme, pour développer ses programmes de soutien à la qualité de l’éducation de ses deux pays partenaires.

Séance d’écriture émergente à l’Ecole de Donanga, au Moyen-Chari (Tchad) © Enfants du Monde (Mathieu Savoy)

Le plurilinguisme du système scolaire suisse, une valeur ajoutée pour la coopération internationale

Avec ses quatre langues d’enseignement selon la région linguistique, l’introduction progressive d’une deuxième langue nationale et de l’anglais dès l’école primaire, le système scolaire suisse reflète la diversité linguistique et culturelle du pays. Parler plusieurs langues est une richesse personnelle, et un atout sur le marché du travail. Mais au-delà de la capacité à se comprendre, la langue favorise l’accès à la culture de l’autre. Le plurilinguisme est garant de la cohésion sociale, du respect de la diversité et un élément de l’identité nationale.
Les enfants allophones bénéficient de mesures de soutien dans la langue de scolarisation, afin d’éviter du retard dans leur scolarité. Dans une majorité de cantons, ils peuvent également bénéficier de cours de langue et de culture d’origine. Des compétences solides dans la langue maternelle favorisent l’apprentissage d’autres langues, l’apprentissage scolaire de manière générale et l’intégration. 

 

Au Tchad, l’enseignement en langue locale encourage la participation des élèves et de leurs parents 

Le système éducatif du Tchad est l’un des plus faibles d’Afrique subsaharienne. Seuls 41% des enfants terminent le cycle primaire, et seul 1 enfant sur 5 sait lire, écrire et compter à la fin du primaire. Par le biais de son programme ProQEB (promotion de la qualité de l’éducation de base), la DDC s’engage en faveur de l’enseignement en langue locale durant les premières années du primaire, avec une introduction progressive des langues officielles. Le programme met l’accent sur la formation des enseignants, l’adaptation du contenu des cours aux besoins et réalités des populations locales, et une pédagogie active. « Depuis que nous avons formé les enseignants à cette nouvelle approche pédagogique et donnons des cours en langues locales, nous constatons que les élèves participent plus, apprennent mieux et que les parents sont davantage impliqués » souligne Fotina Mirayam, formateur. Ces innovations ont aussi permis de transmettre des messages importants aux familles, par exemple comment rendre l’eau potable ou se protéger du paludisme, réduisant ainsi des conflits communautaires. Grâce au succès de cette phase pilote dans le sud du Tchad, les activités ont été étendues à 4 provinces dans le sud et le nord du pays. L’apprentissage bilingue en langue nationale et en langue officielle est mis en place dans certaines écoles primaires, ainsi que dans des écoles en milieu nomade, des centres d’éducation de base pour enfants non scolarisés et des centres d’alphabétisation pour adultes.

Chad
Restitution communautaire des apprentissages réalisés dans le Centre d’Education de base des Adultes de Yii, au Moyen-Chari (opérateur PADI) © Enfants du Monde (Florent Dupertuis)

Sylvain a retrouvé le chemin de l’école grâce à un enseignement en langue locale

L’histoire de Sylvain illustre l’importance d’adapter la langue et le contenu de l’enseignement au contexte de vie. Sylvain a 12 ans et habite dans un petit village au sud du Tchad. Il a abandonné l’école car ses parents ne pouvaient plus payer ses frais de scolarité, et ne voyaient plus l’utilité de l’école. Il aspirait à garder les bœufs des éleveurs transhumants. Suite à une séance de sensibilisation organisée dans son village, Sylvain a pris connaissance de possibilités d’éducation, soutenues par la DDC, dans la langue locale, le sar, et en français, pour les enfants non scolarisés. Il raconte: « Nous avons commencé les cours par l’étude d’un conte en sar, «la hyène, le singe et le lièvre». A partir de ce conte, nous avons étudié la lecture et l’écriture en sar puis en français et ensuite les mathématiques et les autres disciplines. En 7 mois de cours, j’ai appris beaucoup de choses intéressantes, plus que je n’en avais apprises dans mon ancienne école. L’autre jour, mon père disait à ma mère que je n’évoque plus mon projet de suivre les éleveurs transhumants. Puis, il a dit qu’il amènerait mes deux jeunes frères dans mon école en langue locale l’année prochaine. Je pense qu’il se rend compte que le programme m’a transformé et que nous y apprenons des choses intéressantes ».

v
Sortie des classes, à l’école de Boro, dans la province du Moyen-Chari (Tchad) © Enfants du Monde (Mathieu Savoy)

Soutien au dialogue politique au Niger pour l’institutionnalisation des langues locales dans l’enseignement

Malgré une amélioration de l’accès à l’éducation de base, les performances des élèves nigériens restent très faibles et beaucoup décrochent. En fin de scolarité primaire, plus de 90% des élèves ne maîtrisent pas la lecture et les mathématiques. La DDC est engagée depuis plusieurs années par le biais de son programme d’appui à la qualité de l’éducation (PAQUE). Ici aussi, l’accent est mis sur le bilinguisme, pour que les élèves débutent leur scolarité dans la langue locale avec une introduction progressive du français, la langue officielle. Plus de 20'000 enseignants ont bénéficié d’une formation. Le matériel pédagogique en langues locales nationales a été adapté au contexte de vie des élèves. En quelques années, les élèves des écoles soutenues par la DDC ont vu leurs performances scolaires s’améliorer, passant de 4% à 20% d’élèves maîtrisant la lecture à la fin de l’école primaire. Grâce à son expertise et aux résultats du programme PAQUE, la DDC joue un rôle clé dans le dialogue politique avec le gouvernement nigérien pour faire progresser les réformes éducatives et promouvoir l’enseignement bilingue. La DDC soutient également un programme régional de Master à l’Université de Niamey destiné aux cadres des ministères et des organisations de la société civile des différents pays d'Afrique de l’Ouest. Ce programme a pour but de développer des méthodes pédagogiques qui prennent en compte les réalités et langues locales.

b
Une élève de troisième année de l’école primaire de Tibiri, pilote pour l’expérimentation  du nouveau curriculum, dans la région de Maradi, Niger © DDC

 

Image Cover: Séance de lecture en langue nationale, à l’école de Bourbo, dans la province du Moyen-Chari (Tchad) © Enfants du Monde (Mathieu Savoy)

Image Lead: Séance d’écriture émergente à l’Ecole de Donanga, au Moyen-Chari (Tchad) © Enfants du Monde (Mathieu Savoy)